Etoudi Gedeon 09:42:00
Des anglophones du Nord-Ouest du Cameroun ont préconisé l'ouverture d'un débat sur l'instauration du fédéralisme et l'abrogation de la loi sur le "terrorisme" parmi dix-huit propositions visant à sortir de la crise qui secoue leur région, selon un document officiel obtenu mercredi par l'AFP.

Plus de 800 personnes, responsables politiques, autorités administratives, religieuses, traditionnelles, ainsi qu'un "échantillon représentant la population", ont pris part à Bamenda, chef-lieu du Nord-Ouest, une des deux régions anglophones du Cameroun, à une concertation baptisée "mission d'écoute des populations", à l'initiative d'une commission créée par le président Paul Biya.

Ils ont fait 18 propositions à M. Biya pour une sortie de crise, demandant notamment "de débattre des problèmes relatifs à l'institution du fédéralisme" au Cameroun, selon un communiqué de cette Commission pour la promotion du bilinguisme et du multipartisme (CNPBM).  Depuis le début de la crise en 2016, Yaoundé a toujours refusé l'ouverture d'un débat sur la structure de l'Etat. Si certains anglophones veulent le fédéralisme, les plus radicaux demandent la partition du pays, avec deux Etats, anglophone et francophone.  

Les participants ont aussi exprimé le désir de voir "abroger la loi sur le terrorisme", très controversée depuis son adoption fin 2014. La quasi-totalité des anglophones arrêtés le sont sur la base de cette loi et encourent la peine de mort. Ils ont exigé "une amnistie générale" pour les anglophones arrêtés et pour ceux qui ont dû s'exiler à cause de la crise. Ils ont en outre dénoncé leur marginalisation, leur sentiment d'être "pas aimés par leurs frères francophones", l'injustice dont ils se disent victimes, en particulier dans le système éducatif et administratif.

Les francophones entretiennent "un complexe de supériorité", selon ces anglophones qui dénoncent également le chômage des jeunes, la corruption, le tribalisme et le népotisme, ainsi que "l'absence totale d'industrie dans la région" du Nord-Ouest. Accusant les autorités "d'arrogance dans la gestion de la crise", ils ont aussi souhaité qu'il y ait une "clarification des termes +terroristes+ et +sécessionnistes+" accollés à beaucoup d'anglophones.

Dans les deux régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, les combats sont devenus quasi quotidiens entre forces de sécurité et groupes armés se réclamant de "forces de restauration" d'un Etat anglophone qui avait brièvement vu le jour entre les deux guerres mondiales, sous mandat britannique.

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