Etoudi Gedeon 21:31:00

A mesure que le temps passe, l'équipe apprend à faire avec un tel avant-centre de classe internationale - ou sans - et il n'est pas interdit de penser qu'à long terme ça lui sera profitable

Dix-sept ans durant, Samuel Eto'o a défendu les couleurs des Lions Indomptables. Ce ne fut pas un long fleuve tranquille pour le plus doué des attaquants camerounais. Il a laissé une grande trace au sein de cette sélection et c'est indéniable. Et ce qui l'est encore plus c'est que son départ a laissé un vide. Les quadruples champions d'Afrique ne peuvent plus compter sur un avant-centre de classe internationale, ni sur un meneur d'hommes dont la parole pesait même auprès des dirigeants du pays. C'est un manque, mais à mesure que le temps passe, cette équipe apprend à faire avec - ou sans - et il n'est pas interdit de penser qu'à long terme ça lui sera profitable.

Un nouveau chapitre s'est ouvert
Eto'o et le Cameroun c'est 116 sélections honorées, 56 buts marqués, deux CAN et une médaille d'or olympique remportés. À cela, on peut aussi ajouter les quatre titres du meilleur joueur africain de l'année conquis au firmament de sa carrière et à un moment où il était le fer de lance de cette sélection. À l'instar du légendaire Roger Milla, il a été de toutes les conquêtes avec les Lions et même si, contrairement à son ainé, il n'est pas parvenu à briller en Coupe du Monde, il restera comme l'un des meilleurs représentants qu'a connu ce pays et pas uniquement dans le domaine sportif. Forcément, et un peu comme c'est le cas en Côte d'Ivoire avec Didier Drogba, il y a un avant et un après Eto'o au Cameroun.

"L'après" aurait pu se révéler être compliqué car il n'est jamais facile de tourner la page avec des joueurs de cette envergure. Il l'a été, oui, mais pas autant que la nation camerounaise le redoutait. Certes, après qu'il a tiré sa révérence, les Lions Indomptables sont passés de la 42e à la 63e place au classement FIFA et ils se sont aussi fait sortir dès le premier tour de la précédente CAN pour la première fois depuis 1996. Mais, il y a aussi quelques points positifs et des signes encourageants qui laissent croire que cette sélection a encore de belles heures devant elle, même sans son célèbre numéro neuf. La période de la reconstruction a démarré sous de bons auspices et l'on pourrait bientôt assister à la montée en puissance d'un groupe jeune, prometteur et qui n'est pas soumis aux ordres de celui qui pouvait parfois outrepasser d'une manière excessive ses fonctions.

Son ombre est devenue trop envahissante
En effet, l'attitude d'Eto'o au sein de la sélection n'était pas toujours louable et il lui arrivait aussi d'être à l'origine de sérieux conflits qui ont parasité la vie du groupe avec l'apparition des clans. Avec son égo surdimensionné, il voulait aussi tout contrôler, y compris l'identité de ceux qui allaient l'accompagner sur le terrain. Les Lions ne se sont-ils pas complètement désagrégés lors du Mondial 2010 quand il a cherché à faire le travail du sélectionneur Paul Le Guen? "En 2000, il commençait déjà à ouvrir sa bouche, racontait il y a quelques temps son ancien compère d'attaque, Patrick M'Boma. Un jour, il a dit: 'Je vais vous mettre trois buts si je joue !' Il avait un culot et une confiance en lui incroyables. Au final, il en a marqué quatre. Il est passé par quatre étapes: le jeune, le bon lieutenant, celui qui pousse les leaders dehors et il est devenu limite étouffant à la fin car il voulait tout contrôler, jusqu’à la vie des uns et des autres."

Lors de ses dernières années en sélection, Eto'o avait un peu perdu le respect de ses troupes. Des joueurs se sont même rebellés contre lui, comme Alexandre Song. Non pas à cause d'un rendement devenu moins rayonnant, mais en raison justement de son comportement de diva, aussi agaçant qu'irritable. D'autre part, ceux, parmi les sélectionneurs, qui ont eu le culot de se dresser contre lui se sont retrouvés sur la touche. Une mésaventure connue notamment par le Français Denis Lavagne. "En 2012, j’annonce que je lui enlève le brassard de capitaine. Une semaine après, je suis viré. Il a une immense influence", a confié ce dernier dans un entretien au site Slate en 2014. Eto'o était-il devenu une sorte de dictateur? Personne n'a utilisé ce moment, mais la caricature correspond. Lavagne toujours: "Les cadres ne pouvaient pas parler. Pour eux, il y avait trop d’enjeux".

Aujourd'hui, Eto'o n'est plus là et son ombre envahissante non plus. Sous la direction du Belge Hugo Broos, le Cameroun n'a plus de buteur prolifique, mais ce qu'il a perdu en efficacité offensive, il l'a peut-être gagné en tranquillité et paix dans le vestiaire. Les joueurs qui jadis avaient trop peur de s'affirmer, à l'instar de Moukandjo, Choupo-Moting, Aboubakar et autres, vont pouvoir s'émanciper et prouver leur savoir-faire sans craindre de marcher sur les plates-bandes d'un capitaine orgueilleux et qui impose sa loi même lorsque ses prestations ne s'y prêtent pas.

Battus une seule fois lors de leurs douze derniers matches, les Lions Indomptables peuvent avoir foi en leurs nouvelles bases et un bon résultat contre l'Equipe de France, lundi soir à Nantes, ne peut que les conforter dans leurs nouvelles ambitions. On ignore quel regard porte Eto'o sur cette sélection, mais une chose est sûre: le fait qu'il ne soit plus là pour la mener n'est en aucun cas un frein à la progression collective. Cela pourrait même être le contraire.

Sources : Journal du Cameroun.com

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