Etoudi Gedeon 20:26:00
La France, le Franc CFA et l'Afrique Francophone

Au sortir de la réunion des ministres de zone Franc tenue les 8 et 9 avril à Yaoundé, les experts monétaires des 14 pays de l’espace ne sont pas fixés sur le sort de cette monnaie coloniale. Considérée pour nombreux économistes comme un gouffre financier qui empêche le développement des pays qui utilisent cette devise, marqueur de l’impérialisme économique de la France.

Le destin du franc des Colonies françaises d’Afrique, créé en 1945, devenue plus tard franc de la Communauté financière africaine continue de diviser l’ex-tutelle coloniale aux Etats ayant adopté cette monnaie pour leurs échanges. En fait lors de la réunion des ministres de la Zone Franc tenue à Yaoundé à l’effet d’examiner la situation économique des pays africains frappés par la dégringolade des cours des matières premières, le débat n’a pas être évité.

La Zone franc en Afrique constitue un espace monétaire, économique et culturel sans équivalent dans le monde. Cet ensemble, formé d’États africains et de territoires parfois très différents les uns des autres, est issu de l’évolution et des transformations de l’ancien empire colonial français. Après l’accession à l’indépendance dans les années 60, la plupart des nouveaux États ont choisi de rester dans un ensemble homogène, dont le cadre institutionnel a été rénové et qui a été structuré par un système de change commun.

Le franc CFA, du fait de son arrimage à l’Euro, bénéficie d’une assurance de stabilité et de sécurité, qui constituent des éléments favorables aux investissements étrangers. En effet, plus une monnaie est stable (ie son taux de change avec les autres monnaie ne varie pas ou peu), plus les investisseurs étrangers sont motivées à investir dans cette monnaie. Voilà par exemple pourquoi les Chinois ont délibérément arrimé leur monnaie (le Yuan) au Dollar américain.

Quand le dollar monte, les chinois font monter le yuan. Quand le dollar baisse, le yuan baisse. Ainsi, le taux de change Dollar/Yuan reste toujours le même. Conséquence : les investisseurs américains peuvent investir en Chine sans craindre le risque de change. La chine, avec ses nombreuses usines, a besoin des USA pour écouler sa production. Les USA ont besoin de la Chine pour continuer à consommer les écrans plats, télés, ordinateurs, baskets, etc. Voilà pourquoi la Chine est le premier partenaire commercial des USA. la chine produit, les USA consomment. Ils ont besoin l’un de l’autre.

De même, l’arrimage du Franc CFA à l’Euro serait avantageux si les Africains et Européens avaient besoin l’un de l’autre. Mais, l’Afrique a t’elle réellement besoin de faire se l’Europe son premier partenaire commercial ? La réponse est NON ! La parité fixe permet aux pays de la zone euro, mais surtout à la France, de conserver son statut de premier partenaire économique de la zone CFA, malgré la montée en puissance de la Chine, ou des pays comme le Brésil.

Les grandes entreprises françaises (Total, Vinci, Orange, Bouygues, Bolloré…) ont particulièrement besoin de manières premières, et de nouveaux marchés africains compte tenu de la saturation du marché européen. L’Afrique elle n’a pas particulièrement besoin de la France ! L’Afrique a besoin d’infrastructures (routes, d’hôpitaux, d’écoles…) et elle devrait accorder ces marchés au plus offrant. Par ailleurs, l’Afrique exporte massivement des matières premières, qui non plus ne manquent pas preneur. Sauf qu’avec ce système, un américain ou un Chinois qui investit en Afrique aura plus de difficultés qu’un français à cause du risque de taux change Yuan/Dollars/Franc CFA désavantageux. Voilà pourquoi le franc CFA profite plus à la France qu’à l’Afrique.

La Zone franc, pour ceux qui ne le savent pas encore, rassemble la France et quinze États africains : le Bénin, le Burkina-Faso, la Côte-d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo, le Cameroun, la Centrafrique, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale et le Tchad, et les Comores. Le 1er janvier 1999, l’euro est devenu la monnaie de onze pays européens (dont la France) et le franc français est devenu une subdivision non décimale de l’euro.

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Sous la supervision de la France, l’euro a remplacé le franc français comme ancre monétaire du franc CFA. Cette substitution a déterminé automatiquement les parités en euro du franc CFA. Elle n’a pas affecté les mécanismes de coopération monétaire de la Zone franc. Cinquante ans après l’accession à l’indépendance de ces pays, le bilan des avantages qu’implique l’appartenance à la Zone franc pour les États qui la composent est largement discutable.

D’un côté, on a les détracteurs de la monnaie franco-africaine qui pointent à l’index le coût exorbitant de cette tutelle qui continue d’exiger un dépôt de garantie au trésor français représentant 50% des réserves de change des 14 pays de la zone CFA. Cette masse monétaire qui constitue le compte d’opérations des pays de la zone CFA représentait, en 2015, 14 milliards d’euros soit 9170 milliards de FCFA.

Nombre d’entre eux à l’instar du président tchadien Idriss Déby Itno dénoncent le fait que la politique monétaire des pays africains soit adossée à celle de l’euro. Ce qui n’est pas toujours en phase avec leurs intérêts. « Cette monnaie, elle est africaine. Il faut maintenant que, réellement, dans les faits, cette monnaie soit la nôtre. (…) Il y a des clauses qui sont dépassées. Il faudra les revoir dans l’intérêt de l’Afrique et dans l’intérêt aussi de la France. Ces clauses tirent l’économie de l’Afrique vers le bas », expliquait le président tchadien lors des 55 ans de son pays.

Son avis semble aujourd’hui partagé par son homologue Burkinabè Roch Marc Christian Kaboré, pour qui, tôt ou tard, il faudra ouvrir le débat sur le destin de cette monnaie. « Il est clair que tôt ou tard c’est une discussion qu’il faudra ouvrir, au regard également des difficultés que traverse l’Europe depuis quelques années », indique-t-il.

Pour les économistes, le Franc CFA pourrait être adossé à un panier de monnaie qui lui assurerait plus de convertibilité et moins de contraintes en termes de couverture. Pour la France, les pays africains sont tout à fait libres de renoncer à cette tutelle. « La France est entièrement ouverte à toutes les discussions. Tous les pays membres de cette zone monétaire sont libres et indépendants », assure Michel Sapin, ministre des Finances de l’Hexagone.

Les pourfendeurs des volontés d’émancipation des pays africains relèvent que le taux de change fixe lié l’euro, ainsi que la garantie de la France, confèrent et assurent aux économies CFA une stabilité profitable. Or, pour l’économiste Camerounais, François N’Dengwé, le FCFA "est un système conçu pour enrichir systématiquement la France et appauvrir systématiquement les Africains. Il n’existe pas dans l’histoire des pays qui se sont développés sans une certaine souveraineté monétaire."
Avec Gabon Economie

Sources : Info241.com

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