Etoudi Gedeon 06:49:00

Depuis que les prisonniers font pleuvoir leur abondante prose sur le pays, je constate avec plaisir qu’une fois le divorce consommé, beaucoup de choses sortent du placard. Mais le divorce d’avec qui ? Quand les petits chéris de Paul Biya ou du régime se retrouvent au trou, ils sévissent avec des scoops. Histoire, sûrement, de se sentir libres derrière les barreaux. Comme jadis, un certain Dakolé Daïssala…

Le 01er, l’ancien putschiste avait déniché l’astuce d’une thérapie de l’oubli par l’épistolaire durant son incarcération. Pour s’éviter de mourir d’ennui, de nostalgie ou d’amertume, ou de maladie en prison, il faut écrire. Gervais Mendoze n’est pas aussi lucratif qu’on aurait pu s’y attendre. Pour qui connaît son passé d’écrivain, musicien, danseur, chorégraphe, cinéaste ou de metteur en scène etc., l’homme prolixe est resté étonnamment silencieux.

Ce n’est guère le cas de Marafa Amidou Yaya, très célèbre pour ses nombreuses lettres parues dans les journaux. Tour à tour pour s’indigner, tenter une explication, émettre son point de vue sur les raisons véritables de son incarcération, prodiguer des conseils sur la gestion des choses de la cité... Du coup, il se sent revivre et nombreux aussi, ceux qui se mettent à le suivre. Avant Marafa, Titus Edzoa a écrit. Depuis, ils ont suscité des vocations, et c’est avec une appétence effrénée que nos yeux goulus attendent les nouveaux best-sellers issus de la prison de Kondengui.

Loin d’être des Goncourt, ces ouvrages ont le mérite de faire voir ce que l’on savait déjà, et qui était décrié depuis des décennies, à savoir, la mal gouvernance, et la corruption. Leurs écrits pourraient donc avoir en commun, un titre : « Confirmation ». S’ils n’apprennent pas grand chose, ils confortent les Camerounais dans leurs soupçons, leurs allégations. Le plus marrant, c’est que dans ce grand cru d’écriture, ce sont les écrivains de la cuvée Opération Epervier qui font le plus de « dénonciations ».
Ceux qui sont (déjà) en prison accusent les copains d’être à l’origine de leur misère, ou de comploter activement contre le pouvoir de Paul Biya. Pour paraître « crédibles » aux yeux du lecteur, tous s’empressent de critiquer la gouvernance. Mais personne, autre curiosité, n’ose directement accuser M. Biya d’être un incapable, ou d’opérer de piètres castings dans le choix de collaborateurs ! De non dits qui crient encore plus fort par leur absence…

Dans « Mensonges d’état », l’ex ministre Urbain Olanguéna ne se décale guère du même état d’esprit. Comme le feu Charles Ateba Yene, les écrivains en herbe s’en prennent volontiers à l’état, évitant soigneusement celui qui l’incarne depuis des décennies.

Sources : Le flux rss de camer.be

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