Etoudi Gedeon 18:24:00

Bonjour,Je voudrais partager avec vos nombreux lecteurs cette mésaventure que nous avons vécue et qui aurait pu nous faire perdre beaucoup d’argent encore, si nous n’avions pas eu un certain reflexe. Quoi que…

Ce matin du 22 janvier 2016, alors que mon épouse s’apprête à aller au travail, elle reçoit un appel d’un numéro masqué. Elle pense à un appel de l’étranger, comme cela arrive souvent avec les appels internationaux ici. Elle décroche et, effectivement, le réseau est assez perduré au départ, comme trop souvent, ces temps derniers. A l’autre bout, un homme qui parle avec beaucoup d’assurance et qui semble manifestement bien la connaître et s’étonne de ce que elle ne puisse pas, elle, deviner qui il est, vu qu’ils étaient, il n’y a pas très longtemps, ensemble à l’étranger. (Mon épouse a passé 3 mois à Bordeaux, quelques mois au paravent.).

* Comment, la mère, comment tu ne te rappelles pas ma voix. Ce n’est pas très sérieux. Tu veux donc dire que tu n’as personne ici ?
* Bien sûr, mais c’est qui eehh ?
* Je vais t’aider : en France. N’as-tu pas été en France avec un certain… devine, devine.
* Ah ! C’est Jean-Pierre ?
* La mère tu m’as fait peur. C’est bien moi ! Tu n’es pas encore sortie ?

Comment va mon frère ? Il est sûrement déjà sorti, avec sa conscience professionnelle-là…Bref, une conversation avec un Jean-Pierre avec qui elle aurait participé, récemment à des colloques en Suisse et en France. Plus de 30 minutes à raconter comment le travail est difficile et le temps mauvais, etc.

En fait, il ressort de la conversation que lui, Jean-Pierre, a un ami John Kwenti (Je tais le vrai de l’escroc, car une enquête policière est en cours), qui réside, lui aussi, en France. Ce dernier a perdu son père à Bamenda depuis deux mois. Parce qu’il (John Kwenti) est l’aîné de la famille, il a exigé et obtenu que les obsèques ne tiennent pas, tant qu’il n’est pas arrivé au pays, le temps de négocier avec son employeur un congé. Il a donc pu se libérer est à pris l’avion la veille et est actuellement au village, à Bamenda. Jean- Pierre, notre prétendu collègue avec qui nous avions été en Suisse et en France, dit avoir envoyé un petit cadeau (« de rien du tout » ajoute-t-il) à mon épouse. Ledit cadeau se trouve dans une valise noire que le nommé John Kwenti va faire parvenir à mon épouse dans la journée. Le Jean-Pierre ajoute que John Kwenti va contacter mon épouse une fois qu’il aura confié la valise à l’une des agences de voyage à Bamenda, laquelle se chargera de convoyer la valise à Buea. (C’est une pratique normale ici : les agences de voyage transportent le courrier, le fret et parfois les fonds). Jean-Pierre demande ensuite un service à mon épouse : acheter, pour lui,

une dizaine de costumes traditionnels du Nord-Ouest qu’elle mettra dans la valise contenant son cadeau et qu’elle retournera par le même biais, à John Kwenti, à Bamenda. Ce dernier est au pays pour 15 jours et il y aura suffisamment de temps pour effectuer la transaction. Il ajoute que, dans une poche de la valise dont il a communiqué le code à mon épouse et remis la clef à John Kwenti, elle trouvera une enveloppe contenant 500 Euros pour la transaction. La même valise contient quelques bibelots que mon épouse devrait vendre afin de compléter, éventuellement, le montant nécessaire pour acheter un maximum de costumes. Mon épouse lui rappelle qu’elle est enseignante, comme lui, et que pour cause des examens de fin de premier semestre, elle ne peut disposer de temps pour se livrer à toutes ces transactions. Mais Jean-Pierre implore son assistance. Car, ces tenues, dit-il, sont destinées à faire plaisir à ses collègues du laboratoire qui, régulièrement, lui demandent de leur trouver des objets authentiques de son pays qu’ils aimeraient tant visiter... Après tant d’insistance, mon épouse lui promet qu’elle va voir avec « le père » (moi) ce que l’on peut entreprendre pour lui être utile. Sur ce, le Jean-Pierre promet de rappeler dans une quinzaine de minutes.

Mon épouse me téléphone et me raconte l’histoire. Je connais Jean-Pierre, je connais combien des collègues européens et américains sont souvent heureux de recevoir ce genre d’objets. (Personnellement, pour tous les voyages à l’étranger, colloques, séminaires, etc., j’emporte toujours un peu de café et du thé du Cameroun, afin de « vendre » notre pays...) Je convaincs donc mon épouse de faire le sacrifice pour notre ami et collègue commun. Quand ce dernier rappelle quinze minutes plus tard, il n’a pas de qualificatifs assez laudateurs pour mon épouse et moi quand cette dernière lui apprend qu’on va acheter le maximum de tenues avec les cinq cents Euros et que, pour les bibelots, puisqu’on n’aura pas le temps de vendre, on les enverra à sa sœur qui réside à Yaoundé et qui pourra ainsi s’en faire un peu d’argent. Jean-Pierre, tout heureux, annonce donc qu’il va communiquer le numéro de mon épouse à John Kwenti, son ami arrivé à Bamenda ce jour même en provenance de la France via Douala, afin qu’il fasse parvenir la valise à Buea.

Une vingtaine de minutes plus tard, c’est un John Kwenti qui appelle, sur un numéro GSM (que je ne puis divulguer). Il se présente. Tout est en règle et il va expédier la valise. Il se trouve même à l’agence de voyage Musango à Bamenda, dit-il. Tous les bus « du matin » en partance pour Buea sont malheureusement tous déjà partis. (C’est généralement le cas vers la fin de la matinée !) Le bagage qu’il vient de déposer va donc voyager nuitamment, pour arriver à Buea le lendemain matin.

John Kwenti ajoute qu’il a eu beaucoup de problèmes pour sortir ses bagages à l’aéroport de Douala la veille. La douane camerounaise voulant tout lui confisquer, « parce qu’il avait des cadeaux pour la famille et quelques autres bagages comme la valise » de notre ami commun. Il a dû, « pour satisfaire la cupidité des douaniers camerounais, débourser plus de 450 000 F CFA » et se retrouve sur la paille ; alors qu’il vient assurer les obsèques de son père... En fait, ajoute-t-il, la valise de Jean-Pierre a dû faire augmenter vertigineusement le montant du « pourboire » exigé par la douane. Il s’étonne d’ailleurs de ce que Jean-Pierre n’ait pas raconté ses malheurs à ses amis (mon épouse et moi). Il se ravise car, la veille, à son arrivée à Douala, le réseau téléphonique entre la France et le Cameroun était exécrable. (Depuis la fin de l’année dernière, les communications téléphoniques au Cameroun connaissent en effet de grosses perturbations). Jean-Pierre n’a ainsi sûrement pas compris tout ce que lui, John Kwenti, a dit de ses difficultés à rentrer avec les bagages. Il promet donc de rappeler Jean-Pierre pour le prier de lui trouver de quoi finaliser les funérailles de son père dans la dignité.

C’est Jean-Pierre qui rappelle mon épouse quelques minutes pour dire combien son meilleur ami est en difficulté et a besoin d’au moins 400 000 Frs. Lui, Jean-Pierre, ne peut rien faire à partir de la France, tout étant si urgent. Mon épouse qui compatit avec Jean-Pierre lui dit qu’elle ne peut plus rien faire pour lui venir en aide. Elle a déjà tant fait en acceptant, en dépit de ses occupations, de devoir tout arrêter pour lui acheter et expédier les costumes traditionnels et envoyer des bibelots à Yaoundé. Désespéré, Jean-Pierre lui propose une alternative : dès qu’elle aura reçu la valise, qu’elle se paie avec les Euros contenus de l’enveloppe. Par voie de conséquence, qu’elle achète le minimum possible de costumes avec ce qui en restera. Il lui faut absolument venir au secours de son ami qui a eu maille à partir avec la douane, en partie à cause de lui, notre ami...

Mon épouse me présente le problème au téléphone. Nous décidons d’aider l’ami de Jean-Pierre à hauteur de 100 000 Frs, en attendant de recevoir la valise pour rentrer dans nos fonds. Nous convenons donc que mon épouse envoie 100 000 F à John Kwenti. Elle s’arrête effectivement à l’agence Express Union « Boston Pressing » de Buea et envoie ladite somme, libellée au nom de John Kwenti sous un bordereau (dont je tais les références). Ce dernier retire ladite somme quelques secondes plus tard dans une agence Express Union de Bamenda. Il est alors plus de 10 heures.
Tout semble plausible et crédible jusque-là ! Le couac qui nous fait flairer une éventuelle arnaque est que, alors que mon épouse rentre du travail en milieu d’après-midi, le même Jean-Pierre à qui elle avait pourtant bien indiqué qu’elle ne pouvait aller au-delà de 100 000 F, la rappelle et entreprend de la convaincre d’envoyer encore plus d’argent à son ami...

Quand j’arrive à mon tour à la maison, elle me raconte la suite de l’histoire et quelques détails du début de l’histoire qu’elle n’avait point eu le temps de relater au téléphone le matin. Des détails m’intriguent : le Jean-Pierre avait astucieusement caché son nom jusqu’à ce qu’elle-même l’ait prononcé; après que John Kwenti a perçu les 10 000 F, notre prétendu collègue plutôt bien élevé en vrai, est revenu à la charge pour en redemander encore, etc. De plus, si John Kwenti est salarié en France, il doit avoir une carte de crédit. C’est un minimum ! Il peut l’utiliser dans tous les DAB, y compris à Bamenda!

Je décide donc d’envoyer un courriel urgent à mon collègue Jean-Pierre, pour vérification. Moins de 4 heures plus tard, le verdict tombe: le vrai Jean-Pierre n’a pas appelé le pays depuis une semaine ! Le pot-au-rose a été découvert.

Une semaine plus tard un autre « Jean-Pierre », avec beaucoup moins d’assurance, manifestement un analphabète qui essaie de jouer les lettrés rappelle le même numéro de ma femme, toujours avec un numéro masqué, pour « prendre des nouvelles. » Mon épouse lui demande son vrai numéro. Ce dernier lui communique un numéro de portable en France, qu’elle note rapidement. Elle le lui demande astucieusement, à nouveau au détour d’une autre question anodine : le gueux en donne un autre, sans sûrement s’en rendre compte. Il n’avait pas prévu le scénario… Mon épouse lui pose des questions précises sur des sujets que nous (elle, le vrai Jean-Pierre et moi) seuls partageons. Il comprend qu’il ne peut aller loin et raccroche...

Une semaine plus tard, le 9 février 2016 à 9h43, la boîte électronique piratée d’une collègue envoie ce message à mon épouse et à moi-même: « Bonsoir, Comment tu vas, j'espère que tu vas bien, moi par contre je suis dans une situation très difficile, je suis présentement en France à Bordeaux pour une affaire personnelle, j'aurai besoin de ton aide je me suis fait voler ma valise à l'aéroport de Bordeaux, j'avais dans la valise une enveloppe contenant l'argent de mon séjour ainsi que mon téléphone portable. Contacte-moi par e-mail en toute discrétion. Je compte sur toi merci d'avance. ».

On l’aura compris : le Jean-Pierre, la valise, le John Kwenti, la collègue en difficulté à Bordeaux, tout ceci c’est du pipeau. La seule réalité, c’est que nous avons perdu 100 000 Francs CFA, au profit des arnaqueurs que nous avons pris pour des amis et compatriotes en difficulté. Manifestement, des individus qui écument, pour des desseins malsains, non seulement les réseaux sociaux (mon épouse et moi ne sommes pas nécessairement fans de ce derniers), n’hésitent plus à explorer même les sites des institutions sérieuses (universités, laboratoires, colloques, etc.) qui affichent les contacts de leurs salariés, collaborateurs et contributeurs, etc. Ils exploitent ainsi non seulement des données personnelles minimales, mais aussi ce qu’il convient d’appeler malheureusement les us et coutumes de chez nous, pour nous gruger : notre disposition nous rendre utiles (est-ce un défaut ?), les tracasseries pas toujours justifiées dans nos espaces aéroportuaires, notre réseau téléphonique qui brille plus par ses coûts exorbitants que par la qualité des services, etc.

Nous avons déposé une « Plainte contre x pour Abus de confiance et escroquerie en bande organisée » dans un commissariat de police de la ville de Buea. Des indices exploitables sont disponibles : le numéro GSM (que je ne vais communiquer qu’à la police) de John Kwenti doit pouvoir être identifié par l’opérateur, le numéro masqué doit pouvoir être « démasqué » soit par Camtel soit par l’agence de régulation des télécoms, le John Kwenti a bel et bien perçu de l’argent à Bamenda, auprès de Express Union (sous un numéro de bordereau que je vais communiquer à la police), avec une carte d’identité dont les références et même une copie sont normalement disponibles auprès de l’agence Express Union; des caméras de surveillance sont présentes dans nombre d’agences de EU.

En espérant que la police puisse mettre sous les verrous ces malfaiteurs, je vous prie de tirer une leçon de notre mésaventure.

Sources : Le flux rss de camer.be

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