Etoudi Gedeon 22:07:00

En 2005, j’ai fait la connaissance d’Esther qui est devenue ma meilleure amie. J’ai découvert en elle une personne ouverte, très généreuse et qui savait être à l’écoute des autres. En ce temps-là, j’étais apprentie-couturière. Je vivais seule, mes parents sont au village. Depuis toute jeune, je me débrouille seule, je me bats pour gagner honnêtement ma vie.

Au début, je m’en sortais bien dans mon travail. Jusqu’à ce que ma patronne décide de fermer l’atelier, sous prétexte que ça ne marchait pas. Elle nous a toutes abandonnées, chacune à son propre sort. Nous ne savions plus comment faire, d’autant que sa décision nous a toutes surprises. Elle ne nous avait pas prévenues. Pendant plusieurs semaines, je me suis retrouvée sans revenu. J’ai trouvé un autre atelier, mais c’était en attendant mieux, car ce que je recevais là-bas ne parvenait pas à couvrir mes besoins. Mes charges ont augmenté et quand je me suis retrouvée dans des difficultés, j’ai sollicité l’aide de mes connaissances. Parmi elles, c’est Esther qui a accepté de m’héberger. Elle vivait seule. Son aide m’a été très précieuse au cours de cette période-là.

J’ai donc emménagé chez elle, et on s’est bien entendu tout de suite. Elle vivait dans un grand appartement. Mais ce n’est qu’au bout d’un moment que j’ai remarqué qu’Esther n’arrêtait pas de s’acheter des trucs : chaussures neuves, belles robes de soirée, bijoux de grand prix, etc. Pourtant, elle ne travaillait pas. J’ai pensé que c’étaient ses parents ou son copain qui les lui offrait. Mais ces deux hypothèses ne tenaient pas vraiment la route, puisqu’Esther était toujours seule et ne passait jamais un coup de fil à ses parents. Je veux dire que je ne l’ai jamais vue appeler un de ses parents. Elle ne m’avait jamais parlé d’eux. Au bout d’un moment, j’ai fini par lui poser des questions. A savoir, où elle trouvait l’argent pour s’offrir toutes ces choses. Il faut dire que j’étais moi-même aussi une «affairée» à l’époque. J’ai été surprise de la réponse de mon amie, car la question ne l’a pas du tout gênée.

En fait, ma copine sortait avec des hommes nantis. Et elle a eu pas mal d’anecdotes intéressantes à me raconter. Elle m’a expliqué que la première fois qu’elle a couché avec quelqu’un pour de l’argent, elle avait 16 ans. Elle m’a raconté que le type avec qui elle a couché pour de l’argent le lui avait spontanément proposé. Ils s’étaient rencontrés dans une boîte de nuit. C’était un homme de 43 ans, marié, avec des enfants. Après, elle est devenue accroc, cela est devenu une part importante de sa vie. Ma copine ne travaillait pas, mais elle était bien consciente de ce qu’elle faisait. J’étais étonnée qu’une fille aussi belle mène une telle vie. Car, c’était réellement stupéfiant pour moi d’apprendre cela d’Esther, sans que cela semble la déranger.

Voici ce qu’elle m’a expliqué : «Je me suis dite ceci : puisque je suis belle, autant le faire pour un peu d’argent. Alors, la première fois, j’étais hésitante, j’avais un peu peur. Mais lorsque le monsieur a sorti l’argent de sa poche, c’était 300.000 Frs, ça m’a motivée et j’ai accepté. Quand tu fais ça, tu prends une profonde inspiration, tu te dis que ça sera bientôt fini, et tu penses aux billets qui t’attendent.»

C’est donc ce qui permettait à Esther de vivre la grande vie.Mais elle m’a dit qu’elle ne voulait pas continuer à faire cela. Seulement, moi je lui ai dit que c’est dangereux. Et puis, à la longue, on finit par s’y complaire. Son téléphone portable était plein de numéros et de messages de ses «clients». Elle les recevait toujours à l’hôtel, jamais chez elle par souci de discrétion. Car la plupart d’entre eux étaient des hommes mariés.

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Certaines nuits, quand Esther disparaissait sans m’avertir, je savais qu’elle était encore avec un de ses hommes. Pendant les deux mois que j’ai passés chez elle, ma copine me racontait ses aventures. Ce qui m’étonnait, c’est qu’aucun de ses hommes ne lui proposait le mariage. A part son dernier prétendant, un métisse Ivoiro-libanais. Ce dernier ignorait tout de la vie d’Esther. Il lui a proposé de l’épouser. Par-dessus tout. Il lui a même offert une voiture.

Pendant ce temps, après environ deux mois chez elle, j’avais eu les moyens de louer une maison à mon propre compte. Mais Esther et moi continuions de nous voir souvent. La date de son mariage avait été arrêtée et elle m’en a informé. J’étais contente pour elle. C’était mon amie, mais je n’approuvais pas la manière dont elle vivait jusque-là, même si je reconnais qu’elle m’a sortie d’un mauvais pas. Avant leur mariage, son fiancé a insisté pour qu’ils fassent tous les deux le test de dépistage VIH-Sida. Les résultats d’Esther sont sortis : c’était positif. 

C’est tard la nuit qu’elle m’a appelée pour me l’annoncer. Ma copine avait le Sida !! Son fiancé ne le savait pas encore. Mais elle devait lui montrer les résultats. Elle pleurait au téléphone. Son fiancé l’aimait beaucoup et elle ne savait pas comment ce dernier réagirait à l’annonce d’une telle nouvelle.

Quand je me suis rendue chez Esther le lendemain, j’ai essayé de lui remontrer le moral. Ma copine me faisait pitié.  Elle s’est mise à regretter sa vie passée. Mais le mal était déjà fait, elle ne pouvait rien y changer. Il fallait qu’elle soit forte.  J’ai réussi tant bien que mal à lui faire comprendre que rien n’était perdu et qu’elle pouvait vivre heureuse, même avec cette maladie. Deux jours après, j’ai appris qu’elle s’est suicidée. Voilà comment mon amie est partie, rongée par les remords. Pour moi, Esther était trop jeune pour mourir.

Depuis, j’ai appris à mieux contrôler ma propre vie. Car, il n’y a rien qui y soit comparable.

source: topvisages.net

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