Etoudi Gedeon 13:24:00
Je viens vous raconter l’histoire qui a changé ma façon de voir la vie. C’est arrivé quand j’étais enfant. Aujourd’hui, j’ai 32 ans, je suis célibataire, avec une fille à charge. J’ai été élevée par ma tante, ici à Abidjan où je suis arrivée depuis ma tendre enfance. Mes parents ont consenti à m’envoyer chez elle pour que je puisse y être scolarisée. C’est comme ça que j’ai mis les pieds à Abidjan pour la première fois. J’ai donc grandi avec mes cousins.


Au début, nous n’avions pas de problème. Le mari de ma tante était un bon père qui s’occupait bien de la famille. Ma tante et son mari étaient musulmans. A chaque fête, on était vraiment dans la joie. Nous, les enfants, on avait droit à des cadeaux. Les jours de fête, on recevait aussi du beau monde à la maison. Car, il y avait à manger et à boire en grande quantité. Ce sont des bons moments que je ne peux pas oublier, car ils font partie de mes plus beaux souvenirs de jeunesse.

Le mari de ma tante mettait aussi un accent particulier sur notre éducation. Par exemple, comme il était de rigueur, on devait dire merci, après chaque repas, à lui et à sa femme. On devait aussi faire nos prières quotidiennes. Et lui-même se pliait strictement à cette règle. Mais après, cette belle époque est passée. En effet, des problèmes conjugaux sont survenus entre ma tante et son mari. Cela a rejailli sur le bel équilibre familial. En fait, nous ignorions quelle était l’origine de ces disputes, vu que nous étions trop jeunes pour comprendre. Le mari de ma tante s’était mis en tête de prendre une deuxième femme.

L’affaire a été conclue, contre le gré de ma tante. A partir de ce moment-là, beaucoup de choses ont changé à la maison. Les mésententes, les querelles auxquelles nous n’étions pas habitués sont devenues monnaie courante dans la cour. Finalement, ma tante et sa coépouse ne se parlaient plus. Elles ne mangeaient pas dans le même plat. Pire, chacune d’elles faisait à manger de son côté, pour ses enfants. Car, la coépouse de ma tante avait 2 enfants issus d’un premier mariage.

J’étais au collège lorsque tout cela est arrivé. Ce sont des moments qui m’ont marquée. J’étais la seule fille de la cour, mais je n’étais pas la plus âgée. Ma tante m’aimait beaucoup. Si bien que moi-même, j’étais finalement attachée à elle, plus qu’à ma propre mère. J’allais rarement au village. Quand ma mère me réclamait pendant les vacances, c’est avec un pincement au cœur que ma tante me laissait partir. Et c’est au cours d’un ces voyages que je suis revenue très malade.

Au début, c’étaient des douleurs lombaires. La nuit, je ne parvenais pas à dormir tranquillement. J’avais le sommeil troublé. Puis, au réveil, cela semblait pire. J’avais mal au corps, partout, comme si on m’avait rouée de coups avec un bâton. Certains jours même, j’étais incapable de me lever pour marcher. J’ai fait plusieurs hospitalisations. Tantôt les médecins diagnostiquaient une maladie, tantôt c’était une autre. Les traitements que nous avons pratiqués n’ont pas changé grand-chose. Je dépérissais. Je n’allais plus à l’école.

Mes tuteurs étaient désemparés et financièrement épuisés. On m’a donc envoyée au village pour subir des traitements à l’indigénat. C’est là que mes parents m’ont pris en main. A chaque fois qu’on vantait les mérites d’un tel guérisseur quelque part, on allait le voir. Mais la seule chose qui revenait, c’est que ce n’était pas une maladie naturelle. De soin en soin, de village en village, nous sommes arrivés un jour chez un guérisseur. Après m’avoir examinée, il a révélé l’origine de cette maladie. C’est ainsi qu’il m’a rappelé un fait anodin que j’avais oublié depuis longtemps.

En effet, quand j’arrivais au village, je me rendais utile autant que possible. Un jour, au retour des champs, j’ai croisé une vieille femme qui rentrait elle aussi. Elle portait des bagages. Je ne sais pas d’où elle venait. Je ne l’avais jamais vu auparavant. De toute façon, je ne connaissais pas tous les habitants du village, vu que je n’y ai pas grandi. Cependant, je me suis empressée de lui venir en aide en prenant ses bagages. Car, elle semblait crouler sous le poids de sa charge. Tout naturellement, j’ai décidé de lui donner un coup de main. Je pense que c’est une réaction tout à fait normale et respectueuse.

Seulement voilà, c’était la chose à ne pas faire. A en croire le guérisseur, cette charge que j’avais prise sur ma tête n’était pas en réalité de simples bagages. C’était une «commission» que cette vieille devait faire, de la part de ses confrères sorciers. Car, elle était membre d’une confrérie. L’objectif était qu’une personne volontaire vienne s’offrir comme je l’ai fait, sans le savoir. Ainsi, je me suis mise sous l’emprise de cette confrérie. Puisque c’est moi qui ai eu le malheur de croiser le chemin de cette vielle. J’étais au mauvais endroit, au mauvais moment. J’ai eu le mauvais réflexe. Mais comment l’aurais-je su ? J’avais eu pitié d’une vieille, en apparence, sans histoire. Après ce que nous a révélé le guérisseur, on était sous le choc.

Je dois ma vie à cet homme. Il m’a dit que je serais morte, en restant dans cet état. La médecine moderne ne pouvant rien faire, face à ce genre de cas. Il fallait donc connaître l’origine du mal afin de pouvoir le traiter à la racine. C’est ce qu’il a fait.
Aujourd’hui, tout cela fait que j’hésite parfois à venir en aide aux gens. Comme le dit l’adage, quand on a été mordu par un serpent, on redoute même les vers de terre. Je me méfie beaucoup, désormais. A cause de cette vieille, j’ai fini par mettre toutes les vieilles personnes dans le même panier. Mais au fond, je sais une chose, tout le monde n’est pas pareil.

Sources : Rumeurs d'Abidjan.Net

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