Etoudi Gedeon 12:22:00

Au moment où le peuple camerounais dans son ensemble s’apprête à célébrer la fête de la nativité, une réflexion s’impose : quelle fonction joue la religion dans notre société Aujourd’hui ?

En réalité, lorsqu’on s’approche de la vie des camerounais, on constate un fait majeur : parmi les maux qui menacent le Patrimoine Humain Camerounais, la religion se trouve au cœur de la distraction de notre peuple par rapport aux objectifs que l’Etat peut se fixer dans l’urgence du développement du Cameroun. Si l’on peut être porté à ne pas douter de l’existence de Dieu ou de l’apport que peut avoir la religion dans la culture morale et éthique d’une Nation, on a le devoir de reconnaitre que la prolifération des prophètes et des églises est une menace pour le développement du Cameroun.

Ayant les mêmes effets déstructurant que l’alcool, les églises nouvelles éloignent l’individu de son devoir citoyen et familial pour lui promettre une vie qui ne cadre pas toujours avec les exigences existentielles. Comme les adeptes vivent dans la société et non pas encore au paradis, ils deviennent une charge pour leurs familles et l’Etat. On peut alors assister à certains dysfonctionnements dans les familles, les clans, etc. c’est dans ce sillage qu’apparaissent les divorces, les scandales de pédophilie, des laboratoires d’homosexualité et des perversions diverses qui laissent dans les familles et les couples, des séquelles néfastes. Les enfants sont généralement victimes de cet élan moyenâgeux qui connait le paradoxe d’être généralement initié et organisé par ceux qu’on peut considérer à juste titre comme les phares de la société en se référant à leur excursion dans l’univers de la rationalité. Est-ce une preuve pour mieux nous permettre de déceler dans cette option, l’expression de la dictature du sophisme au moment où l’on procède à l’humiliation des sages ?

Il y a lieu de le constater. L’obscurantisme est devenu une menace pour notre pays. Les grandes décisions qui portent sur la modernité, c’est-à-dire le triomphe de l’analyse, de la rationalité et du savoir véritable, sont parfois scrutées par les bougies au lieu d’être éclairées par la lumière naturelle qu’est la raison. Les gourous sortent le personnel de l’Etat de ses fonctions essentielles pour en faire ici un groupe de prière, là une chorale, plus loin un laboratoire d’orgies où « les chauves-souris » rentrent dans les louanges qui nous rappellent l’univers d’Eborzel décrit par Bernard Nanga dans son œuvre intitulée « Les Chauves-souris ». Il y a urgence de sortir l’Etat de ce processus « d’éborzélisation » pour donner à la science, c’est-à-dire au savoir critique et analytique l’occasion de permettre aux citoyens de penser, de travailler, de se prendre en charge afin de réaliser leur salut terrestre. C’est le prix du développement d’une Nation. Car, faudrait-il encore se le rappeler : l’obscurantisme qui est véhiculé dans les églises –élites ne peut donner naissance qu’à la promotion de la soumission, de la démission, de la corruption, de l’escroquerie morale, aux divorces et en dernier ressort, à l’anarchie et au renforcement des bases de sous-développement.

Lorsque les biens de l’Etat sont associés à une telle action pour louer à longueur de semaines, voire des mois, la virginité de Marie, on assiste à une violation de notre Constitution qui consacre le Cameroun comme un Etat laïc. Voilà pourquoi, il faut interpeller le gouvernement face à la prolifération des églises-élites. Il lui revient de mettre fin à cette imposture que constitue le règne des messies qui écument les villes et les campagnes camerounaises tout en détournant les camerounais de leurs devoirs civils et civiques. Le silence complice qui prévaut aujourd’hui à l’égard de ces congrégations d’endormissement des consciences montre à suffisance que le discours sur la modernité dans un univers où la bougie, l’écorce, la croix l’emportent sur la raison, n’est qu’une distraction qui ne peut que servir les intérêts de la ploutocratie.
On ne va pas combattre la pauvreté endémique et le sous-développement, relever les défis de la mondialisation avec les prismes obscurantistes. Dès lors, la démystification de la détermination administrative et sociale s’impose au Cameroun afin d’amorcer le sursaut intellectuel qui va véritablement nous conduire vers le développement réel de notre Nation. Ce qui consacre la célébration du mérite et le travail tout en tournant le dos à la soumission aux gourous et à bien d’autres maîtres chanteurs. Car, loin d’être des personnes habitées par une véritable révélation divine, ces maîtres chanteurs, dames et Messiers sont effectivement des bonimenteurs.
C’est une nouvelle pensée sociale qu’il faudra promouvoir en lieu et place de la sociale-sophistique et de l’éthique magico-religieuse ambiante. Cette nouvelle pensée sociale qui puisera son énergie dans le Nouvel Esprit Politique, célébrera « la Beauté et la Vertu du Savoir », seule instance normative et législatrice du Développement Social et Humain. Il s’agit d’une œuvre dont l’épicentre épousera les contours de l’avènement de notre siècle de lumières. Pour comprendre l’importance de cette recomposition de la Conscience Citoyenne par rapport à la science, un bref aperçu de la place des Lumières dans le développement de l’Occident nous guidera mieux.
A l’époque médiévale, l’Europe était gagnée par la mentalité magico-religieuse. Tout revêtait un caractère mythique et mystique. Le monde était sous le joug de la foi. Un tel univers s’est caractérisé par le règne de l’obscurantisme garantit par les régimes dictatoriaux et les monarchies. Le pouvoir venait de Dieu et des cercles mystiques. Le roi était le représentant de Dieu au sein de la société humaine et était vénéré comme tel. Sa volonté était l’expression de la volonté divine qui exigeait de ses sujets obéissance et soumission.

Pour asseoir son pouvoir sur les bases solides, le politique cultivait l’allégeance, l’intrigue, la délation, la corruption des consciences, le crime, la prolifération des sectes et tous les prismes de négation de la conscience du Peuple. Pour maintenir le Peuple dans un statut de « militants convaincus » ou dévot, il fallait promouvoir le faux savoir tout en pourchassant tous ceux qui célébraient les vertus de la science, c’est-à-dire les disciples de l’esprit critique. C’est dans ce sillage que les sophistes élaborèrent des cantiques à la gloire de la dictature, de la négation du Savoir, de la mise entre parenthèses de la Liberté et de la Souveraineté du Peuple.

L’inquisition pouvait alors trouver son terrain de prédilection pour promouvoir l’ignorance et organiser les consciences par les mécanismes du lavage des cerveaux. C’est cet univers d’enfer qui a donné à l’Europe médiévale ses lettres de créance pour exercer sur le Peuple toutes les théories nécessaires à son abêtissement. D’où cette Europe et cette Méditerranée de guerres religieuses, d’obscurantisme, du pouvoir absolu, des épidémies et des misères qui ont rempli le moyen-âge. Il a fallu reconnaitre le pouvoir de l’esprit rationnel, pour sortir de ce processus de négation humaine.
La grande énergie de l’accès de l’Europe à l’émancipation se trouve entre autres dans la pensée de René Descartes. S’insurgeant contre le règne de l’obscurantisme et refusant de contempler le ciel pour se déterminer, René Descartes rentre en relation avec lui-même pour nous produire cette pensée restée célèbre :

« cogito ergo sum », « je pense donc je suis ».
Cette appréhension de son existence par le biais de la pensée est capitale dans le développement humain. C’est elle qui va jeter les bases d’un processus dont le Siècle des Lumières marquera l’apothéose. « Je pense donc je suis », est une autre manière de dire, « je refuse d’être un militant convaincu. Je me dois de penser par moi-même ». Il s’agit de l’acte de penser pour panser sa détermination sociale. Ce qui exige une soumission à l’analyse, à la critique, à la décomposition et au tri de tout ce qui relève du domaine de Dieu, de la politique, des croyances, des mythes, des mystères, des sectes etc. D’où la nécessité de négation de tout suivisme et la promotion de l’autodétermination et l’autogouvernement de l’homme. En systématisant le règne de la Raison comme pôle référentiel de la détermination sociale et politique, option qui sera couronnée par l’avènement des Républiques et de la Démocratie, le siècle de Lumières a préparé le terrain à la Révolution Industrielle et, partant, a jeté les bases du développement de l’Europe.
On peut alors affirmer avec conviction que sans la promotion de la Liberté et de la Raison comme seules instances normatives et législatrices du comportement social et politique, l’Europe n’aurait jamais accédé au développement, constituant pour ainsi dire un modèle pour le reste du monde. Quelles sont les leçons que nous pouvons tirer de cette expérience européenne pour le Cameroun en particulier et pour l’Afrique en général ?
Si nous dégageons les points de convergence historique entre le Cameroun et l’Europe, nous pouvons facilement identifier notre position. Dans un Cameroun où les phénomènes sont généralement analysés par les prismes magico-religieux, le politique s’éclairant des mystères des loges et de la sophistique, l’honnêteté intellectuelle exige de nous que, nous reconnaissions l’ère du moyen-âge dans lequel nous vivons.
Ce qui est paradoxal, c’est le discours d’aspiration au développement que nous tenons au cœur de ce gouffre obscurantiste, cette caverne où les images se confondent avec la réalité, les feymens endimanchés qui côtoient les sophistes pour narguer les disciples de la Science ; les disciples de Satan et autres cercles ésotériques qui prient avec ceux de Jésus et de Mahomet… Cet univers chaotique où il y a de la honte à croire aux pouvoirs de la Liberté et de la Raison ou célébrer la Beauté, la Vertu du Savoir véritable et son opérationnalité ; cet univers où les bougies, les totems, les écorces norment le politique et la science, témoigne à juste titre de notre appartenance au moyen-âge.

On peut alors constater, sans verser dans le fatalisme idéologique que le sous-développement au Cameroun en particulier et même en Afrique en général, n’est pas une fatalité encore moins une punition des dieux ou comme il se dit généralement dans les cercles de l’escroquerie morale, une simple volonté de l’occident de maintenir l’Afrique dans la misère et la pauvreté. Il émane du triomphe de l’obscurantisme sur les Lumières, c’est-à-dire le règne des mythes, des mystères, de la religion, des sectes et de la sophistique.

Célébrons la nativité sous l’angle de la quête du règne de la Raison et de la Vérité. Tourner le dos à cette exigence qui se déploie en évidence pour chercher le paradis et Jérusalem, c’est véritablement faire allégeance à l’obscurantisme, aux prophètes des églises-élites généralement serviteurs de la ploutocratie. Maintenir tout un peuple sous la coupole médiévale au moment où les flots de la misère gagnent son âme, n’est rien d’autre qu’un crime contre l’humanité.
Joyeux Noel au Peuple Camerounais.

Correspondance de  Bapooh Lipot Robert

Sources : camersenat.info

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